08/05/2012

FLASH-BACK: le retour d'Hitler (Georges Fabry, in: VA, 19/09/1974)

in : VA 19/09/1974

De  la   réédition   de   « Signal » au « Deutsches  Requiem » 

Le RETOUR D'HITLER

 

Un astucieux petit éditeur de chez nous met en circulation deux recueils « contre typés » du magazine nazi « Signal » . 

Lesdits recueils se vendent comme les petits pains du dimanche, A Paris, un   théâtre présente  le « Deutsches Requiem » de Pierre Bourgeade, dont le héros n'est au­tre qu'Hitler : un Hitler réfugié en Argentine, entouré de bandelettes comme une momie, mais qui, bien­tôt, se réveille, prêt à embraser de nouveau le monde.

Un peu partout dans notre pays, des magasins de souvenirs militai­res s'ouvrent, où l'on expose des casques, des uniformes, des poi­gnards, des croix de fer, des   in­signes et des fanions de la Wehrmacht, et toute une jeunesse se met à collectionner comme des reliques ces restes défraîchis.               

A la dernière Foire du livre de Francfort, un ouvrage pulvérisa tous les records commerciaux : une grosse biographie d'Hitler due à Joachim Fest. Récemment encore, une casquette d'été du Führer, ga­rantie ayant été portée par son propriétaire, a été vendue, à Munich, 6.500 marks, soit près de 100.000 de nos francs.

Aussi bien, un journal anglais n'hésitait-il pas à imprimer, l'au­tre jour, que nous assistons ac­tuellement à un « Hitler-boom ».

Comment expliquer ce regain de l'intérêt porté à Hitler et à son IIIe Reich? Nous y voyons plu­sieurs raisons.

D'abord, Hitler n'appartient plus à l'Histoire chaude, racontée sous l'éclairage des passions, mais à l'Histoire tout court. De là, la mul­tiplication des livres, récits ou thè­ses qui lui sont consacrés.

D'autre part, l'aventure nazie reste une aventure extraordinaire par sa rapidité, sa violence, ses vic­toires, ses conquêtes, sa perversité diabolique et sa fin proprement wagnérienne. La vie de cet homme qui a renversé le destin ordinaire de l'humanité est une vie hors-sé­rie, qui ne peut que fasciner les historiens, les psychanalystes, les sociologues... et même M. Tout-le-monde.

... Ou, plus exactement, les en­fants de M. Toutlemonde. Car M. Tout-le-monde a vécu les terribles années 40-45. Il a souffert les bom­bardements, la faim, la déportation, l'humiliation. Hitler, pour fui, de­meure le monstre d'Auschwitz et de Buchenwald, l'exterminateur des Juifs, le conquérant aux mains san­glantes, l'illuminé qui entendait bâ­tir un « Reich de mille ans » sur les ruines d'une Europe asservie. Par contre, les gosses de M. Tout-le-monde n'ont pas connu l'Oc­cupation. Hitler, à leurs yeux, ap­paraît comme une sorte de Napo­léon dont les armées ont écrit une épopée plus impressionnante en­core que celle du « Corse à cheveux plats ». D'où l'actuelle propension de certains jeunes d'aujourd'hui à collectionner   des   souvenirs   de   la deuxième guerre mondiale.

Allons plus loin. D'ici que le per­sonnage d'Hitler inspire à un émule de Shakespeare un nouveau « Mac­beth », il n'y a sans doute plus que quelques années à attendre. C'est que les hommes ont au fond d'eux-mêmes le goût du drame et des hé­ros catastrophiques. Un roi paisible, ennemi des guerres, n'excite pas la plume des dramaturges et ne don­ne pas à rêver aux foules. En revan­che, un « crépuscule des dieux » fait toujours recette... du moins auprès de ceux qui n'en sont que les spectateurs.

Le Néron du « Britannicus », de Racine, nous séduit en dépit - ou à cause - de sa malignité. Les vic­times de ce cruel empereur n'au­raient sûrement pas partagé notre façon de voir...

 

Georges FABRY.

23:25 Écrit par Johan Viroux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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